PlayStation 3 : date de sortie, line-up… et le pari du Blu-ray à 599 €
La PS2 avait conquis le monde. La PS3 a failli tout perdre. Un prix stratosphérique, une Europe laissée sur le carreau pendant quatre mois et un pari Blu-ray à plusieurs milliards : retour sur le lancement qui a mis Sony à genoux face à la Wii et la Xbox 360 — avant un spectaculaire retour en grâce.

PlayStation 3 : les dates de sortie
L’arrogance du champion
160 millions de consoles vendues. Plus de 4 000 jeux. Une génération entière élevée manette en main. Succéder à la PlayStation 2 n’est pas un défi : c’est un piège. Ken Kutaragi — « le père de la PlayStation », architecte du succès de la PS1 et de la PS2 — choisit la fuite en avant : plus de puissance, plus d’ambition, plus de technologie… et un prix que personne ne verra venir.
Le développement de la PlayStation 3 débute dès 2001, autour d’un processeur révolutionnaire : le Cell Broadband Engine, co-développé avec IBM et Toshiba pour un coût estimé à 400 millions de dollars. Une architecture à 8 cœurs SPE cadencée à 3,2 GHz, si complexe qu’elle fera le cauchemar des développeurs pendant des années. Kutaragi voit la PS3 comme un superordinateur de salon, pas une simple console. Son ambition : un appareil tellement puissant que les joueurs accepteraient de travailler davantage pour se l’offrir. Cette phrase, prononcée dans une interview, résume à elle seule la philosophie — et l’erreur — de Sony à cette époque.
La console est dévoilée pour la première fois à l’E3 en mai 2005, avec une manette au design dit « boomerang » qui provoque un tollé immédiat. Sony finira par revenir à un design inspiré de la DualShock, en y ajoutant la détection de mouvement sixaxis — une réponse tardive à la Wiimote de Nintendo. Côté rétrocompatibilité, les premiers modèles intègrent le matériel de la PS1 et de la PS2, offrant un accès immédiat à l’immense catalogue PlayStation. Mais la décision la plus lourde de conséquences concerne le lecteur Blu-ray : en pleine guerre des formats contre le HD-DVD de Toshiba, Sony fait le pari d’imposer son standard via sa console. Un pari à plusieurs milliards de dollars.
Sortie de la PS3 : chronologie d’un lancement tumultueux
Perdre 300 $ par console pour gagner la guerre
En 2006 aux États-Unis, un lecteur Blu-ray autonome coûte entre 800 et 1 000 $. La PS3, à 599 $, s’impose donc techniquement comme le lecteur Blu-ray le moins cher du marché — exactement la même stratégie que la PS2 avec le DVD six ans plus tôt. Sauf que cette fois, le grand public juge ce prix prohibitif. Sony, de son côté, saigne. La firme japonaise perd environ 300 $ sur chaque console vendue et accumule 3,3 milliards de dollars de pertes sur le matériel jusqu’en 2008. Le pari est existentiel : si le Blu-ray perd la guerre des formats face au HD-DVD de Toshiba, la PS3 devient un gouffre sans fond. S’il gagne, Sony, cofondateur du format aux côtés de Panasonic et Philips, touche des royalties sur chaque disque et chaque lecteur Blu-ray vendu dans le monde pendant des décennies. Pendant deux ans, le verdict reste en suspens. Puis, en février 2008, Toshiba capitule : le Blu-ray a gagné — et la PS3 y est pour beaucoup. Le pari le plus coûteux de l’histoire du jeu vidéo finira par payer.
Le line-up à la date de sortie de la PS3
Un héritage forgé dans la douleur
En intégrant un lecteur Blu-ray à chaque PS3, Sony a inondé le marché de lecteurs compatibles. En février 2008, Toshiba abandonne le HD-DVD. Sans la PS3, le Blu-ray n’aurait probablement jamais gagné. Un pari ruineux à court terme, décisif à long terme. Vingt ans plus tard, Sony touche encore des royalties sur chaque Blu-ray vendu dans le monde.
599 $ : ce prix, jugé exorbitant, a coûté à Sony sa couronne. La Wii, vendue à 249 $, s’est écoulée à 101 millions d’exemplaires. La Xbox 360, lancée un an plus tôt à 399 $, a pris une avance que Sony a eu du mal à combler. Il faudra attendre 2013 et une PS4 affichée à 399 $ pour voir la firme japonaise reconquérir le trône — preuve que la leçon a été retenue.
Démarrage catastrophique, arrivée triomphale. Grâce aux baisses de prix, au modèle Slim de 2009 et à des exclusivités devenues cultes — Uncharted, The Last of Us, Metal Gear Solid 4, God of War III — la PS3 a rattrapé la Xbox 360 en fin de génération. Sa production s’est poursuivie jusqu’en 2017, soit quatre ans après la date de sortie de la PS4.
